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Différend entre la Grande Bretagne et l’Argentine sur les Iles Malouines: La crise s’invite à Addis-Abeba

Il y a plus de trente-trois ans (avril 1982) que la guerre des Malouines entre l’Argentine et le Grande-Bretagne fût déclanchée. Un conflit encore irrésolu et qui risque même de s’aggraver au vu des évolutions récentes enregistrées.

Le gouvernement argentin est en train de saisir l’occasion du 50e anniversaire de la résolution 2065 de l’ONU, qui appelle les deux pays à rechercher une solution négociée, pour relancer les discussions et les débats, un peu partout dans le monde sur la souveraineté des Malouines. La résolution stipulait qu’aucun des deux pays ne devait prendre des mesures unilatérales.

L’autorisation donnée par les Britanniques à des compagnies pétrolières de faire des forages, a été considérée par le gouvernement Kirchner comme une mesure unilatérale qui viole la résolution 2065.

Pour les autorités argentines, Londres veut conserver l’archipel, car c’est un lieu stratégique qui dispose de ressources naturelles considérables, à la fois pétrolières et halieutiques.

Mercredi 29 avril 2015, en début de matinée, un parterre de journalistes venu de nombreux pays a été convié à une conférence de presse au siège de l’ambassade d’Argentine à Addis-Abeba, animée par Daniel Filmus, secrétaire d’État en charge de la question des Malouines.  Au menu : le conflit sur lequel l’Argentine et la Grande Bretagne ont fait une guerre en avril 1982 et ont épuisé plus d’un siècle dans des négociations sans fin et sans résultat.

Le choix par les autorités de Buenos Aires  d’organiser cette action de sensibilisation dans un pays africain n’est pas fortuit. Ils considèrent, en effet, que l’Afrique peut mieux comprendre et soutenir son message anticolonialiste appelant à la libération des Iles Malouines.

Daniel Filmus, représentant du gouvernement argentin a tenu à rappeler le fait avéré de l’héritage du territoire que son pays tient de l’Espagne, son ancienne puissance colonisatrice. Tout un rappel de faits historiques se rapportant à la découverte des Iles, a été minutieusement préparé afin de démontrer la légitimité des demandes des argentins.

En effet, on s’est évertué à passer en revue les campagnes successives d’occupation ou d’administration, menées, puis de l’installation de ce que les Argentins appellent les colonies de peuplement britanniques, constituées pour l’essentiel d’éleveurs d’origine écossaise.

En plus de l’histoire, l’argument de poids en faveur de l’appartenance des Iles à l’Argentine présenté au cours de cette conférence, concerne la géographie. Les Iles Malouines sont, en effet, situées à quelques 500 km au large des côtes argentines, sur le continent sud-américain, et à plus de 13 000 km de la Grande-Bretagne. Daniels Filmus ne passe pas sous silence le fait que le territoire disputé regorge d’énormes ressources halieutiques et en hydrocarbures. «  Même si ces îles étaient arides, elles nous appartiendraient en tout état de cause, mais je sais qu’elles n’auraient pas attiré tant, la  convoitise des britanniques si elles étaient pauvres et géographiquement moins stratégiques », tient-il à préciser tout au long de son exposé.

La seule réponse, le dialogue
En dépit des désaccords, des tensions qui caractérisent les relations entre Londres et Buenos Aires à propos du contrôle de  ce coin perdu dans l’océan, on est loin, très loin du scénario catastrophique qui a conduit les deux pays en 1982 à la guerre.

Les propos de Daniel Filmus, secrétaire d’État en charge de la question des Malouines au sujet de ce différend sont clairs. « Il n’y a pas d’autres issues à ce conflit que le dialogue », insiste-t-il, formulant le souhait que la résolution de ce dossier délicat se fasse par le dialogue entre les deux pays. Les résolutions de l’ONU, dont la toute première date de 1960, ainsi que les déclarations de l’Assemblée générale de l’organisation internationale recommandent à Londres et Buenos Aires de discuter. Pour  Daniel Filmus, l’option du dialogue est un argument d’espoir : « Mon pays sera le plus patient possible, le plus diplomatique possible, mais aussi le plus présent possible sur ce dossier jusqu’à ce que la Grande-Bretagne réalise qu’elle est en territoire étranger et n’a pas le droit d’y rester indéfiniment ».

Pour appuyer son idée, le secrétaire d’État cite l’exemple de Cuba et des États-Unis qui ont renoué le dialogue après plus d’un demi-siècle de rupture. Et d’ajouter que «  les tribunes internationales, les soutiens à la cause de son pays sur cette question sont nombreux et divers, et que la position des États-Unis qui prônent le dialogue entre Argentins et Anglais n’a pas changé».

Aujourd’hui, sur le terrain, la Grande Bretagne impose sa loi et a les coudées franches. Les Argentins en sont conscients. Depuis la guerre des Malouines (avril-juin 1982), précise Daniel Filmus, « Londres a renforcé ses positions sur les îles et y dispose de bases militaires importantes ». De fait, la population vivant dans les Iles Malouines est d’origine britannique. Forte de cet atout et également d’une présence discontinue depuis 1833, Londres revendique sa paternité sur les iles.

En mars 2013, un référendum d’autodétermination organisé dans les Malouines s’était soldé par la victoire à 98 % du « oui » au rattachement des îles au royaume uni. Pour les Argentins, le problème est ailleurs. Ils rejettent l’idée même d’une consultation de ce type dans un territoire habité par une population dont la composition a été profondément modifiée pour imposer le fait accompli. Pour Daniel Filmus, cette situation est loin d’avoir raison de la volonté de Buenos aires, déterminée plus que jamais à faire entendre sa voix et à poursuivre sa pression diplomatique pour trouver une solution juste et équitable à ce différend qui ne cesse d’empester les relations entre les deux pays.

183 ans de crise
« Les îles Malouines est un cas de colonisation avec lequel il faudra en finir », stipule la première résolution de l’ONU relative à la crise entre l’Argentine et la Grande-Bretagne qui se disputent la souveraineté des îles en question depuis 1833. La résolution 2065 décrétée en 1965, incite les deux parties à négocier et à trouver une solution pacifiste à la crise.

Gouvernées depuis 1810 par les Argentins puis par les Britanniques qui ont pris possession des îles le 03 janvier 1833, les îles Malouines sont aujourd’hui, à l’occasion des 50 ans de la résolution 2065 décrétée en 1965, remises sur le tapis. Cette dernière reconnaît l’existence d’une crise entre la Grande-Bretagne et l’Argentine autour de la souveraineté des îles Malouines.

Depuis le déclenchement de la crise, l’Argentine, tente de négocier une solution avec la Grande-Bretagne. Les négociations ont été, par ailleurs, entamées puis délaissées en 1982. Depuis, la couronne anglaise ne répond plus aux appels de l’Argentine quant à la reprise du dialogue.

Face au refus de la Grande-Bretagne de discuter le dossier, l’Argentine fait aujourd’hui appel à l’opinion publique internationale afin de pouvoir ouvrir les négociations interrompues depuis 1982.

La politique étrangère argentine se concentre aujourd’hui sur les relations Sud-Sud à savoir le continent de l’Amérique du Sud et l’Afrique qui avaient connu la colonisation, et ont été gouvernés par des régimes dictatoriaux.

Ce qui explique le choix de la ville d’Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie, pour réunir différents médias. Un choix qui revient, également, au fait que la ville accueille depuis 1963 le siège de l’Union africaine et qu’elle est ainsi la capitale politique du continent. Elle constitue de ce fait le lieu de rencontres le plus adéquat pour faire connaître la position argentine à travers l’Afrique.

Des points de vue divergents
Les deux parties présentent chacune son point de vue. La résolution de l’ONU relative à la décolonisation se base sur deux points pour conclure un processus d’indépendance : l’intégrité territoriale et l’autodétermination de la population.  L’Argentine défend le premier point en se basant sur les critères géographique et historique. La Grande-Bretagne, de son côté, s’appuie sur la démographie de la population et se réfère au principe de la libre autodétermination. Ainsi, le Royaume-Uni demande un referendum accordant l’autodétermination à la population pour trancher dans l’affaire et choisir son appartenance nationale.

Les autorités argentines ont présenté de leur côté trois solutions. La première solution porte sur une administration commune et conjointe de l’île, accordant la double nationalité, argentine et britannique aux citoyens et l’utilisation de l’anglais et de l’espagnol comme langues officielles ainsi que l’affichage des deux drapeaux sur les bâtiments publics. La deuxième solution est la reconnaissance de la souveraineté argentine sur l’ile et la troisième est la cession du bail de la Grande-Bretagne.

Face au blocage de la situation, il reste néanmoins la solution du recours à la Cour internationale, « la Grande-Bretagne continue à refuser cette solution ».

09 mai 2015 par Hajer Ajroudi

Hajer Ajroudi, journaliste, chroniqueuse et reporter à Réalités


 

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